mardi 18 février 2014

Shenzi la hyène

J'ai eu des petits soucis à l' IME cette semaine... Rien de bien méchant, mais je crois que je me suis pas fait que des amis...

Ça a commencé mardi dernier.
Mon éducateur a laissé un message sur le portable de Maman avant que je parte du centre.
Un message qui disait un truc du genre qu'il y avait eu un souci au moment du départ du car.
Je vous explique vite fait :
Pour faire une blague, y a une copine qui s'est planquée juste avant l'heure de partir (ouais on est trop des oufs de la blague chez nous...)
Bref... Vous imaginez l'ambiance dans le centre... Déjà que l'heure du départ, j'aime moyen (rapport au bruit, et à l'énervement de tout le monde). Ben là... C'était comme qui dirait "apocalyptique"... Tout le monde courait dans tous les sens pour chercher la "fugueuse", c'est rapidement devenu un beau bordel...
Tellement le bordel que nous (c'est-à-dire ceux qui n'étions pas planqués pour la blague), bah on a commencé à s'énerver un peu.
Normal quoi.
Puis un peu beaucoup...
Et c'est parti en vrille entre un copain (je sais pas si je peux encore dire ça maintenant) et moi.
Il m'a collée une baffe.
Genre...
Une baffe...
A moi...
L'autre...
Du coup, j'ai sorti mes petits bras musclés, mes petits doigts vengeurs et surtout mes petites griffes acérées...
Vous voyez les hyènes dans Le Roi Lion ? Eh ben à côté, c'est des chatons de 3 jours.
Il a pas mal morflé le copain. Je crois même que c'était pas loin de le recoudre...

Bon. Évidemment, le lendemain, je faisais pas trop ma maligne. J'ai vu qu'il avait un gros pansement sur le doigt et du coup je suis allée faire un peu de social... "T'as mal ? T'as un pansement ?"
J'ai vu que ça faisait plaisir à tout le monde et on a pu passer à la suite.

La suite, ça a été le vendredi soir. On monte tous dans le car pour rentrer chez nous, et là... bim... Le drame... Le car démarre pas.
Ok. C'est pas un vrai drame.
Mais pour moi, si. Y avait le coup de mardi qui devait être resté coincé quelque part dans mon subconscient (même si y a pas foule là-dedans...). Alors, le fait d'être obligée de descendre du car et de chercher des véhicules de remplacement, bah ça a été un peu chaud...
Et j'ai refait une crise.
Y a pas eu de blessé cette fois.
Bah oui hein... Sont pas tous complètement débiles non plus... Ils ont vite compris qu'il fallait laisser un périmètre de sécurité autour de moi !
Bref... On a quand même réussi à rentrer chez nous et le week-end s'est bien passé.

Lundi matin, quand Papa m'a déposée au car, y a l'éducatrice qui accompagne le transport qui lui a demandé si je prenais toujours mon traitement vu que j'avais l'énervement assez facile ces derniers temps.
Evidemment que je le prends toujours... On a vu une fois que c'était pas possible d'arrêter. On va pas faire des tentatives tous les ans non plus  !

Lundi soir, Maman me récupère. Une autre éducatrice qui accompagne commence à lui dire que j'avais encore fait une crise au moment du départ. Sans trop lui expliquer pourquoi, elle dit juste que j'ai pas mal mordu mon éducateur...

Bah là, ça a commencé à inquiéter Maman évidemment. C'est facilement impressionnable ces petites bêtes là...
En rentrant à la maison, elle a appelé l'éducateur. Pour en savoir un peu plus...


Au moment du départ lundi soir, ça a pas mal traîné. Entre le moment où j'ai mis le manteau et le moment où le chauffeur est venu nous chercher, il s'est passé un peu trop de temps à mon goût...
Tellement de temps que ça a suffi pour déclencher une autre crise... Tout le monde a essayé de me calmer (c'est là où mon éduc a eu la bonne idée de mettre ses doigts à portée de mes dents).
J'étais vraiment super en colère.
Je me suis calmée dès que j'ai vu le chauffeur arriver. J'ai compris que c'était enfin la vraie heure du départ et que je pouvais arrêter mon cirque...

Après, il a bien rassuré Maman. En disant que j'étais pas plus énervée que ça dans la journée, que c'était juste un malheureux concours de circonstances. Le cocktail fugue + panne  + retard a pas trop bien agi sur moi (ou peut-être un peu trop justement...).
Il a beaucoup insisté en disant qu'au contraire, j'étais plutôt en mode communication et progrès. Que même un ancien éducateur qui était passé nous voir au centre avait été super surpris de m'entendre dire un truc qu'avait un peu de sens.

Alors j'espère qu'à l'école, je vais pas encore passer pour un monstre incontrôlable... Que les copains (et certains éducateurs) vont vite oublier ce petit "intermède" malheureux...
Bon. C'est vrai que mordre, c'est quand même une super technique pour éloigner les indésirables, et après, on a la paix.

Ou pas...


lundi 10 février 2014

Et ça continue...

Dans la famille "Je me prends une claque dans la gueule et je tends l'autre joue", je demande la mère.

J'ai !!!

C'est la mienne !
Je vous disais l'autre jour que Maman était un peu cruche (ici). Ben elle a toujours pas compris.

Alors, en Janvier, on est allées visiter un CAJ toutes les deux. On a retrouvé mon éducatrice sur place (et une copine qui venait visiter avec ses parents aussi).
Il était super ce CAJ. Y avait surtout des jeunes (on les a enfin retrouvés : ils sont tous dans ce CAJ là).
La directrice est une ancienne éducatrice d'un centre où je suis allée quand j'étais petite. Elle se souvenait bien de moi et ça avait l'air de lui faire tout drôle de me retrouver 15 ans après.
Il est beau son CAJ. Il est tout neuf, grand, avec plein d'ateliers supers.

Faut peut-être que je vous explique un peu comment ça fonctionne ces centres.
Je vous l'ai déjà dit : t'arrives à 9h et tu repars à 16h. Tu choisis tes activités en début d'année (lundi matin : piscine, lundi après-midi : couture...) et toutes les semaines, tu suis le planning qui a été fixé en projet individualisé en début d'année.
Ça ferme 10 jours à Noël, 1 semaine et février et à Pâques et 3 semaines en août.
T'as pas de transport pour ces centres. Tu te débrouilles pour venir et repartir. Y que les villes autour de GrandeVille qui bénéficient d'un service mis en place par le réseau de transport public. Ils peuvent venir me chercher chez moi. Mais ils peuvent pas m'emmener à 30 km. Ça doit rester dans les communes autour de GrandeVille.

Donc ce CAJ, il est vraiment chouette. Y a plein de couleurs partout dans un chouette bâtiment bien protégé.
Il est dans les communes desservies par le TPMR (transport de personnes à mobilité réduite). Donc ce serait très pratique pour le trajet.
Bon faut pas rêver non plus... C'est les mêmes horaires que les autres CAJ : 9h à 16h... Donc tu pars de chez toi à 8h30 le matin. Ca va encore. Tes parents peuvent arriver au travail à 9h. C'est le soir le souci... Tu rentres chez toi à 16h30... Et là, ça veut dire que tes parents ont quitté leur boulot à 16h... Ou alors que t'as quelqu'un qui vient chez toi tous les jours...
Du coup, Maman avait posé la question à la directrice du centre.
"Comment font les autres parents le soir ?"
Et là, la directrice a eu l'air très étonnée de sa question. Elle a dit que c'était la 1ère fois qu'on lui posait. Donc elle a cherché un peu et elle a dit que certains résidents (ouais c'est comme ça qu'on s'appelle quand on est dans un centre d'adultes handicapés. C'est classe hein ? Comme dans des maisons de vieux... Des résidences de personnes handicapées) étaient récupérés par leurs parents.
Ok. Donc, y a des parents rentiers dans l'affaire. Donc quand t'as un enfant handicapé, si t'as pas de fric, t'es dans la merde pour t'arrêter de bosser et t'occuper de ton gosse...
Sinon, et ça devient drôle pour moi, y a des résidents qui rentrent seuls chez eux.
Ok. Donc y a des adultes handicapés qui sont vachement moins handicapés que moi alors... Parce que je suis juste pas capable de rentrer seule. D'abord je sais même pas où j'habite, puis vous imaginez même pas ce que je serais capable de faire si j'étais seule à la maison...
Et là, Maman elle s'est dit que c'était peut-être pas le type de structure la plus adaptée pour moi...
Un peu trop d'autonomie toussa...

Bref. Comme le centre lui avait vraiment plu, elle s'est dit que ça valait peut-être le coup de me mettre sur la liste d'attente.
Bah ouais... Non seulement t'as des structures qui sont pas totalement adaptées pour toi et pour la vie de ta famille, mais en plus, t'as pas assez de places dedans.
C'est qu'on est nombreux nous les handicapés !

Donc, Maman dit à l'éducatrice qui fait les visites avec nous qu'elle aimerait bien me mettre sur la liste d'attente. Histoire d'avoir une toute petite chance d'avoir une place dans 2 ans...
Oui.
Mais non.
Ca se passe pas comme ça.
Pour savoir si tu peux être mis sur la liste d'attente d'un centre, tu dois faire un "accueil temporaire". C'est-à-dire que tu passes une quinzaine de jours dans la structure pour voir si ça te convient.
Et si tu leur conviens aussi...
Bah oui.
Ils vont pas prendre n'importe qui non plus. Si t'es vraiment capable de rien faire, ils vont pas te mettre dans un centre où tu dois être un peu autonome quand même. C'est normal...
Et si t'es un peu autonome, ils vont pas te mettre dans un centre où t'as que des légumes. C'est normal aussi.
Là où c'est le bordel, c'est quand t'es entre les deux... Un peu comme moi quoi...
Trop handicapée pour être en CAJ, pas assez pour être en FAM ou en MAS...
L'éducatrice a fini par dire à Maman qu'il fallait qu'on ait terminé de visiter toutes les structures pour décider des endroits où je ferai des accueils temporaires et que ces accueils, je les ferai l'année prochaine.

Cet après-midi, on est allées visiter un autre centre. Encore un CAJ. Mais plus loin que le premier. Plus loin dans le sens où du coup, bah t'as pas de transport. Si je vais là-bas, faudra que Papa et Maman se débrouillent pour m'emmener.
Sachant que ça ouvre à 9h. Ils sont pas au boulot avant 10h.
Et faut qu'ils repartent à 15h pour me récupérer.
Im-pec-ca-ble.
Bref. Passé cette première petite baffe en arrivant, on démarre la visite.
Petite question de Maman : "Et la moyenne d'âge sinon c'est quoi ?"
Léger moment de gêne de la dame...
"Autour de 40 ans".
Bon... C'est vrai qu'on dit que les personnes handicapées vieillissent prématurément (ça fait partie d'un autre de leurs nombreux avantages), mais là quand même, Maman y croyait mollement... Y avait encore que des vieux... Pour se rattraper, la dame a dit qu'un groupe de jeunes étaient sortis. Du coup, ils restaient que les vieux dans le centre.
Ceux-là doivent plus avoir la force de sortir...
Y avait un groupe qui zonait dans la pièce d'accueil. Ils lisaient pas, ne regardaient pas la télé (ça c'était dans une autre salle), ne bricolaient pas... Non. Ils ne faisaient rien.
Dans la salle télé, y en avait quelques un qui se reposaient et regardaient la télé.
D'autres étaient dans une salle informatique sur les ordinateurs. Et 3 ou 4 étaient en train d'éplucher des légumes.
Je sais pas utiliser un ordinateur. Je sais pas éplucher des légumes. Je vais donc passer mes journées à regarder la télé ou à glandouiller dans un fauteuil ?
La directrice a tenté un vague "ils sont tous fatigués en ce moment et donc ils se reposent"...
C'est sûr. Maman sait bien que quand je suis fatiguée  tu peux pas me faire faire grand-chose. Mais elle se dit aussi que du coup... je risque de vraiment pas faire grand-chose...
Et puis c'était le bordel partout dans ce centre...
Maman aime pas trop le bazar. Son côté psycho-rigide sûrement... Là, elle a trouvé qu'il y en avait partout... Dans toutes les pièces...

Une particularité de ce CAJ, c'est qu'il est juste à côté d'un foyer d'hébergement qui accueille des résidents du CAJ et des résidents de l'ESAT qui est à côté.
On est allés voir le foyer. Il est très chouette. Ce sont des chambres individuelles, il y a un salon qui est très joli et une belle salle à manger. Ils sont environ 30 personnes dedans.
Plutôt assez autonomes.
Parce que le soir, y a que 3 ou  4 personnes pour s'occuper de tout ce petit monde. Et pareil le matin.
Inutile de vous dire que moi, je sais pas me laver seule, ni m'habiller seule.
Que le soir, il faut me mettre la couche et bien sûr me l'enlever le matin. Que ce tu trouves dans la couche le matin, ça fait pas toujours plaisir à la personne qui reçoit le cadeau.
Alors... Est-ce que ce type de structure est vraiment adapté pour moi ?
Maman a un gros doute sur la question...
Et pour les foyers, tu as le droit à 90 jours de sortie par an. Ça fait à peu près 1 week-end sur 2, 1 semaine à Noël, février à Pâques et 3 semaines l'été.
Pour les vacances ça va, mais pour les week-ends... Maman est pas sûre d'avoir envie de me voir que tous les 15 jours...

Donc voilà... Elle était plutôt contente après la visite du dernier CAJ... Même si c'est pas le rêve de Bisounours, elle pourrait s'en arranger pour un temps. Le temps de trouver LA structure adaptée et idéale où tous ses souhaits seraient réalisés.
Là, elle a juste eu à nouveau envie de pleurer en sortant (je me demande d'ailleurs si je ne l'ai pas entendue renifler un peu...).

On en a d'autres des centres à visiter.

On va y arriver...

Ou pas...

lundi 27 janvier 2014

L'hospitalisation. Épisode 3 : Aline Firmière

J'avais bien calculé l'embrouille... Ils sont venus me réveiller tôt ce matin.
Comme y avait cette histoire de valise, j'ai pas trop râlé. Papa m'a habillée et on est montés dans la voiture avec la valise.
Arrivés à l'hôpital j'ai un tout petit peu donné de la voix quand j'ai vu qu'on changeait encore de bâtiment.
Mais bon. Y avait la valise, ça allait encore.
On est arrivés dans le service, l'infirmière nous a emmenés dans une chambre.
C'est bien quand t'es handicapée mentale, parce que t'as le droit à une grande chambre avec un seul lit.
Y a une autre dame qui est arrivée avec une serviette de toilette, un gant et un savon bizarre.
Quand elle est entrée dans la chambre, elle a eu l'air surprise. Elle a regardé Papa, puis Maman, puis moi, puis à nouveau Papa puis Maman. Elle avait pas l'air de trop comprendre. Genre, c'est lequel qui se fait opérer ? Pourquoi ils sont venus avec leur fille ?
Bref, c'était tout chamboulé dans sa tête. Alors Papa lui a dit que c'était pour moi. Elle a dit qu'il fallait que je prenne une douche avec son produit bizarre.
C'est pratique les douches à l'hôpital, Maman a pu se laver les pieds et les jambes du pantalon en même temps qu'elle me donnait la douche...
Ensuite, y a la 1ère dame qui est revenue avec un appareil qu'elle voulait me mettre autour du bras. J'ai dit que ça allait pas être possible. Elle a insisté un peu, puis elle a rapidement compris que ça allait vraiment pas être possible...
Pour se venger, elle m'a donné 2 comprimés. Ça me dérange pas les médicaments. J'ai l'habitude, j'en prends tous les matins.
Du coup, j'étais douchée, en chemise de nuit, j'ai bien voulu me mettre dans le lit.
Et là j'ai senti que je commençais à me calmer. Le truc tout bizarre. Comme quand tu t'endors, mais que tu t'endors pas tout à fait. T'es là, mais t'es plus tout à fait là quand même...
Maman était assise à côté de moi dans le lit. On se faisait un câlin. J'étais bien.
Quand le copain de papa et maman est entrée dans la chambre, je l'ai reconnu mais j'avais plus tellement la force de bouger.
Il a dit qu'il allait pouvoir m'emmener mais Maman a dit que c'était encore un peu juste.
Elle me connaît bien Maman. Elle sait que même quand je dors, je suis toujours sur le qui-vive. Xanax ou pas Xanax.
D'ailleurs ils ont essayé de me mettre un bracelet mais je leur ai montré que j'en avais encore un peu sous le pied...
Du coup, Éric s'est dit que pour faire la perfusion ça allait pas être facile, et qu'il valait peut-être mieux faire une petite piqure avant pour assurer le tout.
Ça, ça m'a définitivement calmée.
Hors d'état de nuire que j'étais...
Ils m'ont emmenée dans le lit dans les couloirs mais je voyais plus grand-chose.
J'ai juste vu Maman qui me faisait un bisous avec une petite larme au coin de l'œil.
Paraît que ça fait drôle quand tu vois ton bébé passer les portes du bloc opératoire. Même si c'est pour quelque chose de pas grave.
C'est ton bébé. T'as pas tellement envie qu'on lui fasse du mal ou qu'il lui arrive quelque chose...
Quand je suis partie au bloc, Papa et Maman sont allés boire un café.

Éric vient de les appeler parce que je suis en train de me réveiller pour que Papa vienne avec moi dans la salle de réveil.
J'ai retrouvé Papa et Maman. Je suis à moitié réveillée mais complément absente. Maman me parle mais je l'entends de très loin. J'ouvre les yeux mais je ne regarde rien.
Pas la force.
Il paraît que c'est normal. Peut-être mais Maman elle trouve ça curieux.
Elle aime pas trop.

Éric a dit qu'ils avaient rien trouvé.
Rien.
Ni végétations, ni amygdales à enlever.
Rien.
Bizarrement, Maman est déçue. Voire même un peu plus.
Elle s'imaginait que ça allait solutionner pas mal de problèmes. Que j'allais mieux dormir après. Que je serai moins fatiguée. Que je serai moins pénible. Que comme j'allais être moins fatiguée, je pourrai faire plus de choses dans la journée. Que j'allais du coup pouvoir progresser un peu plus.
Ben non.
Y a rien.
Je vais continuer à ronfler. Je vais continuer à avoir un sommeil de qualité pas terrible.
La conclusion, c'est que c'est dû à mon handicap. Il a bon dos mon handicap...
Maman est vraiment déçue.
Elle s'imaginait vraiment que la vie allait changer un peu après.
Elle est con Maman...
Elle s'imagine des choses qu'existent pas.
Elle est déçue mais elle va s'en remettre hein !
Elle a l'habitude.
On va rentrer à la maison ce midi. Je vais continuer à ronfler. Ils vont enfin me lâcher avec l'hôpital.
La vie va reprendre son cours normal.

Normal...


Ou pas...

dimanche 26 janvier 2014

L'hospitalisation. Épisode 2 : Agnès Tésiste

Mercredi dernier je suis rentrée de l'école.
Comme d'habitude
Comme d'habitude, je suis allée me coucher pour la sieste.
Puis à un moment, Maman est venue me chercher dans mon lit. D'habitude elle me laisse dormir beaucoup plus longtemps. Là j'avais pas tout à fait terminer de dormir...
Elle m'a habillée sans rien me dire.
Bêtement, je me suis imaginée qu'on partait quelque part en vacances. J'étais déjà contente.. Je disais "valise, couches, lingettes"...
Arrivée en bas, j'ai vu que papa était là.
Cool ! On partait vraiment en vacances !

C't'arnaque...
Ils ont commencé à dire : "Allez Nouchette, on va voir Eric"...
Eric, c'est un copain de papa et maman. Je le connais depuis que je suis bébé.
L'arnaque, c'est qu'Eric, il est anesthésiste à l'hôpital...
(Ouais elle a menti, c'est même pas Agnès son nom... Tout ça au nom d'une blague moisie...)
Bon. Vous la voyez venir vous l'embrouille ?
Parce que moi je me suis fait avoir comme une débutante !
J'ai bien vu que maman elle prenait le carnet qu'elle prend d'habitude quand on va à l'hôpital...
Mais ces fourbes ont attendu qu'on soit tous installés dans la voiture pour me dire : "On va voir Eric... À l'hôpital"
Moi bêtement j'ai dit "Eric, à l'hôpital. Eric, il est malade".
Ce que je peux être cruche parfois...
Maman a bien dit "Oui... Mais non... c'est pas Éric qu'est malade..."
Bref.
On est arrivés à l'hôpital.
Encore une fois.
Je commence à connaître maintenant mais bon... J'y peux rien mais je m'y fais pas...
Je suis rentrée dans le hall de l'hôpital en gueulant comme un cochon qu'on égorge. Du coup, je me suis attirée tout plein de regards tout comme Maman aime.
Même les dames de l'accueil m'ont dévisagée comme si j'étais une bête de foire... Même que Maman les a regardées avec ses yeux qui détruisent tout sur leur passage...
On est arrivés dans un service que je connaissais pas. Ils avaient toujours l'air de dire qu'on allait voir Eric... Je commençais à mettre leur parole en doute !
Pis en fait si !
C'est Éric qui est sorti du bureau. Bizarre parce qu'il avait pas l'air trop malade... Il avait une blouse mais il avait plutôt l'air en forme. On est rentrés dans un bureau.
Et puis ils ont discuté tous les trois. Moi je regardais des photos sur le téléphone de Maman.
J'ai pas tout écouté... J'ai juste compris qu'il était question de bloc. Et d'horaires. Éric disait que c'était programmé à 11h mais qu'il pouvait appeler le chirurgien pour passer à 8h pour qu'on attende moins longtemps.
Après il parlait de prémédication. Il voulait me donner de l'Atarax et papa et maman lui disaient que ça marchait pas super sur moi. Que ça avait plutôt l'effet inverse...
Après, Eric disait que c'était pas lui qui était de bloc mais que si papa et maman voulaient, il pouvait s'arranger. Au départ, papa disait que c'était pas la peine.
Et puis en fait, maman a dit qu'elle préférait. Que ça la rassurait moyen que je sois au bloc endormie avec des gens qu'elle ne connaissait pas. Qu'elle avait toujours peur de la façon dont les gens allaient me traiter.  Alors Éric a dit qu'il y a avait pas de problème et qu'il serait là à 8h pour s'occuper de moi.
Bon. Je vous dis... J'ai pas tout suivi.
J'ai juste l'impression qu'il y a une grosse arnaque qui se prépare...
J'ai l'impression que c'est assez imminent cette histoire. En plus maman a l'air de dire que je vais pas à l'école demain. Et qu'on va partir avec ma valise.
Je le sens mal.
Si on part avec la valise, c'est forcément pour faire un truc sympa non ?
Je le sens mal...
Demain matin, je vais faire celle qui dort. Peut-être qu'ils vont pas oser me réveiller ? Peut-être que si je fais ça ils vont laisser tomber ?


Ou pas...

Pour rappel, l'épisode 1 est ICI.




jeudi 16 janvier 2014

Hop ! Tous devant la télé !

Vous allez regarder quoi à la télé dimanche soir ?
Y paraît qu'il y a une super émission de télé sur M6. Un truc sur les centres d'handicapés.
Pile dans le thème du moment ici.
Vous allez être sympa. Vous allez regarder. Et vous allez dire aux gens de regarder.
Mais vous allez pas raconter à Maman. Elle va pas regarder elle.
Déjà, maman elle aime pas trop la télé mais en plus, quand c'est des émissions comme ça, elle préfère se torchonner la tronche au rhum plutôt que de regarder et pas en dormir pendant des mois.
C'est pas qu'elle a pas envie de savoir hein ! C'est juste qu'elle sait que ça va lui retourner l'estomac (et après le rhum c'est pas terrible).
Mais maman elle se dit aussi que plus il y aura de gens devant la télé dimanche soir, plus ces gens vont prendre conscience de ce qu'elle vit (et tous les autres parents d'enfants handicapés aussi... C'est pas le centre du monde !)
Les gens vont se rendre compte de la galère pour trouver un centre. De l'angoisse de laisser son enfant avec des gens que tu connais pas. La peur qu'il se passe des choses que tu sauras jamais.
Et si les gens se rendent compte, et ben ça va faire bouger les choses là-haut (pas au ciel parce qu'on s'en fout un peu, mais au gouvernement...).
Et après il y aura des ouvertures de centre partout et on aura trop l'embarras du choix pour me trouver une place dans deux ans.


Ou pas...


jeudi 9 janvier 2014

L'hospitalisation. Épisode 1 : Otto Rinaud

Ils ont remis ça !
Je vous jure que c'est vrai !
On est retournés à l'hôpital !
En fait on était à peu près tranquilles depuis cette histoire de corset.
Ben ils devaient trouver qu'on était trop tranquilles...
Du style "oh ! On s'ennuie un peu de l'hôpital ! Si on retrouvait une bonne raison d'y aller ! Hein ? Dis ? On dirait qu'elle ronflerait trop et qu'il faudrait faire quelque chose !"

Mais lâ-chez-moi !
J'aime pas aller à l'hôpital ! J'ai peur, y a des gens bizarres et ils me font des trucs bizarres. Et j'ai PEUR !

En plus, hier c'était même pas là où on va d'habitude. Là où y a des gens à peu près gentils, des dessins sur les murs et des jouets dans la salle d'attente.
C'était dans un bâtiment où on était jamais allés. Un bâtiment tout vieux, tout gris et tout moche.
Quand on est arrivés, la secrétaire d'Otto était en train de discuter avec une copine. On a attendu au moins 5 minutes qu'elles terminent de se raconter leur vie.
Cinq minutes c'est pas long. Mais pour moi c'est 5 minutes de trop... Ça me met pas dans de bonnes
conditions...
Ensuite on s'est installés dans la salle d'attente. Grise, vieille et moche.
On a attendu.
Pas trop longtemps parce que c'était le 1er rendez-vous de l'après-midi.
On a quand même attendu suffisamment pour voir 8 personnes de l'hôpital passer. Sur les 8, y en a deux qui ont dit bonjour.
Pour les 6 autres, on devait être transparents.
Ou bien c'était peut-être tous des mal-voyants. Ça arrive dès fois 6 mal-voyants sur 8 personnes...
On a attendu suffisamment aussi pour que j'ai envie d'aller aux toilettes. Et pour que maman se rende compte que les toilettes de l'hôpital sont pas du tout adaptées aux personnes handicapées.
Ouais je t'entends d'ici : "Mais Nouchette, tu n'es pas en fauteuil ! Tu n'as pas besoin de toilettes adaptées !"
Ben vas-y... Emmène-moi aux toilettes. Rentre avec moi. Ferme la porte. Tu y es là ? Tu vois comme c'est pratique pour Maman ?
C'est pas parce que t'es pas en fauteuil que t'as pas besoin de place dans les toilettes. Ok ?
On a attendu suffisamment aussi pour qu'il y ait plein de gens qui arrivent. Et que tous ces gens nous regardent d'un air bizarre en se demandant ce qu'on faisait là et pourquoi on était pas au rayon enfants de l'hôpital.

Puis on est entrés dans le bureau de consultation. Il était tout petit. Et il était gris, vieux et moche.
Y avait un tabouret pour Otto, un fauteuil pour le patient et un autre petit tabouret pour le cas où le patient serait venu avec son conjoint. Doit pas y avoir beaucoup de patients handicapés qui viennent avec leurs 2 parents. Alors papa et maman sont restés debout toute la consultation.

J'ai pas trop bien suivi ce qu'ils disaient. Ils parlaient de mes ronflements, d'anesthésie, d'hospitalisation, de végétations et d'amygdales. Otto m'a demandée si je voulais bien lui montrer ma gorge.
Ça a beaucoup fait rire maman.
Il a pas beaucoup insisté. Je crois qu'il a vite compris qu'on allait pas être copains longtemps lui et moi s'il essayait de me toucher.
Du coup, il a juste rempli plein de papiers. Maman en a profité pour lui demander si on pouvait pas profiter de l'anesthésie pour faire les 2 ou 3 trucs auxquels elle avait pensé ici...
Nan... en fait elle a juste demandé si on pouvait en profiter pour me faire une belle radio du dos. Vu que je vais bientôt revoir l'orthopédiste pour ma scoliose.
Au bout d'un moment, ça m'a un peu soulée... Ils étaient en train de parler, je me suis levée, j'ai mis mon manteau et j'ai dit "On y va".
Je sais parfois être très claire quand je veux.

On est rentrés à la maison et je suis enfin allée faire ma sieste du mercredi après-midi.
Mais j'ai comme dans l'idée que cette histoire n'est pas tout à fait terminée.
J'ai comme dans l'idée qu'on va retourner à l'hôpital dans peu de temps et que je vais pas aimer...
Ou alors, peut-être que si je m'arrête de ronfler maintenant, ils vont tout annuler ?
Maman va appeler Otto en lui disant : "C'était une blague ! En fait, elle a rien ! On voulait juste s'occuper 5 minutes !"


Ou pas...

mercredi 8 janvier 2014

Et si j'avais un bébé ?

Paraîtrait que je suis handicapée...
Paraîtrait aussi que je suis une fille...
Et enfin, paraîtrait que les filles peuvent avoir des bébés...
Même les filles handicapées.

Vous voyez où je veux en venir ?
Parce que moi je suis pas sûre de voir. C'est bizarre ce truc.
Alors que t'as un développement mental de 3 ans, t'apprends tout à coup que tu pourrais avoir un bébé !

Maman est pas trop inquiète là-dessus. Elle me connaît bien. Mais ce sont plutôt les autres qui l'inquiètent :
- Nouchette a 18 ans quand même !
- Tu ne sais pas ce qui peut arriver !
- Et si elle tombait enceinte ? (J'aime bien cette expression... Tu te vautres et bim ! c'est le drame !)
- Au centre, tu n'es pas avec elle !
...
Bref... Je vous en passe et pas forcément des meilleures.
Maman elle sait bien tout ça... Quand on lui en parle elle fait des blagues moisies :
- Avec un peu de chance, si elle a un bébé, y s'ra pas handicapé. 
- On vous gardera un petit
- Elle est majeure, elle fait ce qu'elle veut

Vous remarquerez une fois de plus, que tout est dans la finesse.

Mais bon. Pour de vrai, elle sait pas trop. Elle sait que quelque part, ils ont raison. Qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Qu'il vaudrait mieux prévenir.

Voilà. Prévenir.
Mais comment ?

Elle est pas très au courant de tout ça Maman. Pour elle, y a pas 50 solutions :
La pilule.
Le stérilet.
L'implant.

Parce que pour pas être enceinte, les préservatifs c'est pas mal. Mais Maman est pas très sûre que les handicapés de mon école sachent bien le mettre...

La pilule, elle est pas trop fan . A long terme, c'est un truc que tu peux oublier... Je prends déjà le Risperdal (Même que c'est pas tellement envisageable que j'arrête...) alors Maman a pas tellement envie de me coller un autre médicament.

Le stérilet et l'implant, pour la pose, faut forcément passer par une anesthésie générale.


Le stérilet, Maman était plutôt pour. En plus, elle se dit que du coup, si c'est un Mirena, avec un peu de bol, j'aurais plus mes règles. Parce que ça l'arrangerait bien ça, Maman ! Elle en avait parlé un peu ici
C'est vraiment pénible ce truc. D'abord, quand ça arrive, tu peux pas aller à la piscine. Ensuite, y a des mauvaises langues qui disent que je suis un peu de mauvaise humeur... Et puis quand c'est pendant les vacances, c'est carrément la galère ! D'ailleurs, souvent, avant les vacances, Papa et Maman font des calculs savants pour savoir si elles arriveront pendant. Et si c'est oui, ils me donnent la pilule en continu. Comme ça c'est plus cool.
Mais pour en revenir au stérilet, on a dit à Maman qu'il y avait un risque d'infection et que moi, je dirai pas si j'ai mal au ventre et que du coup c'était pas forcément terrible.

L'implant, y paraît que c'est pas mal. Maman aime pas parce que l'idée d'avoir un truc dans le gras du bras, la branche moyen. Mais vous me direz que c'est pas elle qui va l'avoir...

Comme je vais peut-être avoir une anesthésie pour la nasofibroscopie, c'est peut-être justement l'occasion pour faire d'une pierre deux coups.
Au moins, on rentabiliserait l'anesthésiste qu'aurait moins l'impression d'être venu pour rien.
Maman elle a bien pensé à d'autres trucs à faire pendant l'anesthésie, mais elle est pas sûre que ce soit accepté...
Genre, une épilation définitive, réparer la dent que je m'étais cassée en tombant, me faire une belle coupe de cheveux...

Bon. Arrêtez de déconner avec ça. Ça me fait même pas rire.
Concentrez-vous plutôt sur le problème qui m'a amenée vers vous aujourd'hui.
On fait quoi pour cette histoire de contraception ?
Vous en connaissez vous des filles handicapées qui ont une contraception ? Ou des médecins qui ont l'habitude de gérer ces trucs-là ?
Bah partagez alors ! Parce que Maman elle sait pas trop quoi faire...

Elle sait tellement pas quoi faire qu'elle serait prête à me retirer du centre pour éviter les risques.

Ou pas...